Fleurs

Portrait de floriculteur : Ferme Florale Urbaine

La ferme florale urbaine est née de la rencontre entre Félix, 39 ans, ingénieur télécom, qui a travaillé plus de 10 ans pour Orange et Tran-Phi, 26 ans, mécanicien cycle pour Vélib et coursier à vélo. Chacun en reconversion professionnelle, ils se sont rencontrés en 2017 à l’Ecole du Breuil où pendant 9 mois, ils ont suivi une formation en Agriculture Urbaine. Les deux acolytes partagent une fascination pour le travail artisanal, l’amour de la botanique et des sciences en général, mais surtout une approche de l’écologie humble mais exigeante.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir floriculteur ?

Au départ, nous préférions tous les deux le maraichage. C’est une étudiante de la promo qui nous a sensibilisé au scandale écologique et social dans la filière horticole actuelle, avec 85% des fleurs qui sont importées via les Pays-Bas. La filière française n’a pas su réagir, elle est aujourd’hui sinistrée, les exploitations horticoles françaises ferment les unes après les autres. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à réinventer, et que ce serait génial si on parvenait à cultiver les fleurs qu’on aime en agro-écologie. D’où une approche de l’horticulture en slow flower, privilégiant la fleur artisanale, le circuit court, le zéro-carbone. Notre rêve est que des centaines de fermes florales puissent naitre en France pour créer des milliers d’emplois.

Qu’est-ce qui vous procure de la joie dans votre travail ?

Beaucoup de choses. Le plaisir de suivre l’évolution du végétal, depuis la graine jusqu’à la fleur. La joie d’observer la nature en travaillant, notamment les insectes et la vie du sol. La satisfaction de faire quelque chose de nos mains, du début à la fin, en étant responsable de ce que l’on fait mais pas seulement, car la nature ne se contrôle pas et il faut apprendre à l’accepter. Le grand sourire des gens qui reçoivent nos bouquets, et le fait qu’ils reviennent.

Notre premier site est un peu particulier car nous sommes situés dans un hôpital pour enfants. Parfois nous recevons un gentil mot des soignants ou des parents, ou on voit des enfants intrigués qui nous regardent travailler. On aimerait que le site soit plus ouvert mais dans le contexte actuel ce n’est pas possible.

Qu’est-ce qui est difficile ?

C’est un travail très physique et continu sur plus de 9 mois : en agriculture, chaque jour compte car la nature avance sans nous. Une erreur ou un moment de paresse peut se payer cher car ça ne se rattrape plus. On a peu de temps libre et peu de vacances, sauf en hiver où c’est un peu plus calme. C’est aussi un travail précaire, on peut aussi perdre des mois de travail en un instant : orage trop violent, négligence humaine, dégradation volontaire… Mais on accepte cela.

Le plus difficile, c’est plutôt de se rendre compte qu’avoir une activité la plus écologique possible, c’est une double peine : on se donne plus de mal que d’autres, et financièrement ce n’est souvent pas le plus payant. Un peu comme le cycliste qui pédale et doit en plus respirer la fumée des pots d’échappements. La loi n’est pas avec nous. Ce n’est pas juste. C’est moralement parfois difficile, il faut s’accrocher. On a bon espoir que cela change un jour.

Que préférez-vous dans cet engagement pour les fleurs locales ?

C’est un engagement en effet, en tout cas on le vit comme ça. C’est difficile à répondre, c’est une question qu’on se pose tous les jours. Pourquoi on fait ça ? Pourquoi on s’inflige ça ? C’est un choix qui impacte notre vie sociale et privée (on gagne moins bien notre vie, de façon volontaire), et c’est un vrai risque que l’on prend pour le futur (on n’aura pas de retraite confortable, on ne deviendra pas propriétaire). Alors oui, sans cette notion d’engagement, on ne tiendrait pas.

Ce qui nous fait tenir, c’est le sentiment d’être en paix avec nous-même, et d’avoir le sentiment de construire quelque chose.

Comment voyez-vous l’impact que vous pouvez avoir sur l’environnement ?

L’impact est multiple : en agro-écologie, on améliore le sol, on favorise la biodiversité, on n’émet pas de gaz à effet de serre, on n’utilise pas de plastique jetable, on ne va pas épandre de pesticides… On est très fiers de se dire que nos fleurs n’abîment pas l’environnement. A notre petite échelle, c’est presque anecdotique au point qu’on pourrait se dire que c’est inutile. Mais si nous parvenons à montrer, avec d’autres, que c’est techniquement possible et économiquement viable, alors c’est toute la filière fleur française qui pourra amorcer ce virage et l’impact environnemental sera considérable.

Qu’est-ce que ça fait de travailler du beau et de l’éphémère ?

Travailler le beau, c’est apprendre à le voir là où il n’est pas forcément. On apprend par exemple à apprécier la fanaison et l’imperfection des fleurs : un pétale qui est mangé par un insecte, ce n’est pas le pétale abimé que l’on voit, mais la trace laissé par cet insecte. On peut trouver du beau partout.  

Travailler l’éphémère, c’est apprendre à lâcher-prise, à accepter que le temps ne se contrôle pas et ne se garde pas. C’est une source d’émerveillement permanent pour qui sait observer les marques du temps qui passe.  

Où peut-on trouver vos fleurs ?

Nous ne travaillons qu’en circuit-court, donc sur Paris et petite couronne car on les livre à vélo. Nos fleurs sont en vente entre avril et octobre, on peut les commander via notre site internet. Nous y indiquerons aussi les fleuristes chez qui vous pourrez les trouver pendant la saison prochaine.